Un de vos proches vous annonce qu’il mangera “probablement” des pâtes au dîner, mais vous apprenez plus tard qu’il a opté pour une pizza ; êtes-vous surpris ou, pis, offusqué qu’on vous ait menti ? Plus sérieusement, que penser du “très probable” réchauffement de la planète au-delà de 1,5 °C qu’annoncent les Nations unies pour la prochaine décennie ? Certes, l’imprécision des langues naturelles et l’exactitude des probabilités mathématiques ne font pas bon ménage. Pourtant, le passage de l’une à l’autre est plus scientifique que l’on ne l’imagine – même s’il a fallu attendre longtemps pour qu’une traduction soit possible.

Deux mots font tout de même l’unanimité : si un événement est “impossible”, c’est qu’il a 0 % de chance de se produire ; s’il est “certain”, c’est qu’il a 100 % de chance de se réaliser. C’est dans l’entre-deux que les choses se compliquent. Dans l’Antiquité, les Grecs comme Aristote distinguaient l’eikos, ce qui est vraisemblable, du pithanon, ce qui est persuasif, crédible. Les ennuis commencent déjà puisque, dans la bouche d’un maître de la rhétorique, la probabilité qu’un argument soit vrai importe peu, tant qu’il est plausible. Pis encore, eikos et pithanon ont parfois été employés sans distinction, d’où leur traduction par Cicéron, l’orateur romain, en un